Bioéconomie : 4 questions à Michael O’Donohue

Un nouvel ouvrage consacré à la bioéconomie vient de paraître dans la collection « Que sais-je ? », rédigé par Monique Axelos, Philippe Mauguin et Michael O’Donohue. Ce livre propose l’éclairage d’un concept devenu central dans les débats sur la transition écologique et les nouveaux modèles de production fondés sur les ressources non-fossiles. À l’occasion de cette publication, nous avons interrogé Michael O'Donohue, Directeur Scientifique Bioéconomie à INRAE et co-Directeur du programme Bioproductions (PEPR B-BEST), afin de mieux comprendre ce que recouvre la bioéconomie, les acteurs qui la structurent ainsi que les défis qu’elle doit relever pour contribuer à la transition écologique.

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Michael O'Donohue, Directeur Scientifique Bioéconomie à INRAE et co-Directeur du PEPR B-BEST © INRAE / Bertrand Nicolas

1.    Qu’entend-on exactement par bioéconomie ?

Michael O’Donohue : Depuis le premier usage du terme bioéconomie, la définition a beaucoup évolué et fait toujours l’objet de débat. Toutefois, quel que soit son interprétation, fondamentalement, la bioéconomie est un système économique qui s’appuie sur l’utilisation de ressources renouvelables d’origine biologique. De ce fait, elle mobilise aussi les connaissances et les technologies du vivant pour fabriquer un large éventail de produits (par exemple biocarburants, molécules pour l’agriculture et la chimie, des ingrédients pour l’alimentation et pour l’industrie pharmaceutique…) et services (par exemple le traitement des déchets, le recyclage de matières plastiques…).

2.    La bioéconomie se construit-elle à l’échelle locale ou à grande échelle ?

Michael O’Donohue : Rappelons-nous que seulement 12 pays dans le monde détiennent plus de 80 % des réserves de pétrole. En conséquence, l’économie actuelle est nécessairement mondialisée et structurée autour du transport et du raffinage du pétrole, avec les tankers, oléoducs et raffineries portuaires.

Dans la bioéconomie, la biomasse est partout. D’un point de vue énergétique, la biomasse n’est pas très dense, ce qui en fait une matière qui ne se prête pas facilement au transport sur de longues distances. La conséquence des différences entre le pétrole d’une part et la biomasse de l’autre est qu’il existe en bioéconomie une dimension territoriale forte, absente de la pétro-économie.

La bioéconomie est néanmoins mondiale, car la consommation de la plupart des produits se réalise en dehors des lieux de production. De plus, certaines commodités (par exemple biocarburants) sont produites à très grande échelle (par exemple certaines usines fabriquent des dizaines de millions de litres de bioéthanol par an), incompatible avec une consommation locale. En conséquence, si la production de biomasse est nécessairement territoriale, la bioéconomie dans son ensemble est mondiale.

3.    Quels acteurs sont impliqués dans la construction de cette bioéconomie ?

Michael O’Donohue : Les acteurs de la bioéconomie sont nombreux et certaines relations marchandes sont de nature nouvelle. Au début de la bioéconomie, on retrouve les agriculteur.trices et les forestier.es, mais aussi des entreprises de collecte et de traitement de matières organiques résiduaires. De manière inédite, la bioéconomie associe les producteurs de biomasse aux acteurs de nombreuses filières.

Par ailleurs, la bioéconomie crée des relations entre filières. Lorsque l’on transforme la biomasse en un produit, on est susceptible de générer des co-produits qui deviennent à leur tour des matières première pour d’autres transformations. Ces transformations en cascade favorisent par exemple les relations entre des industries agro-alimentaires et celles de la chimie ou de l’énergie.

4.    Quels sont les principaux défis à relever pour développer une bioéconomie durable et compétitive ?

Michael O’Donohue : Le premier défi concerne la mobilisation de la biomasse. Pour que la bioéconomie soit durable (au sens pérenne), il est indispensable que les sols restent productifs. Cela implique de préserver les stocks de carbone, mais aussi les ressources minérales et l’eau. Sans ces éléments essentiels, il n’y a ni biomasse ni bioéconomie.

Le deuxième défi concerne l’allocation des sols entre usages alimentaires et non alimentaires. Si l’arbitrage parait simple, car toujours en faveur de la production alimentaire, la réalité est plus complexe. Toute activité humaine, y compris la production alimentaire, consomme de l’énergie et d’autres produits qui peuvent être biosourcés. Par ailleurs, il existe une concurrence croissante entre filières pour l’utilisation de certaines ressources végétales. Une biomasse comme la paille céréalière peut ainsi servir à produire de la bioénergie, de la litière animale ou des fibres pour des matériaux biosourcés.

Il existe d’autres défis d’ordre technologique, économique ou encore sociologique. Pour que la bioéconomie soit durable, il est indispensable qu’elle se développe avec le consentement des sociétés et dans un cadre économique et réglementaire qui la place à égalité avec le marché du fossile.

Pour aller plus loin, découvrez le livre La Bioéconomie, paru le 12 février 2026 dans la collection « Que sais-je ? ». L’ouvrage explore l’histoire des relations entre économie et écologie, l’angle politique de la bioéconomie, les matières premières sur lesquelles elle repose, les technologies qui la rendent possible ainsi que ses dynamiques de territorialisation. À retrouver dès maintenant en librairie

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